Des pistes pour optimiser votre production de gras ainsi que votre paie de lait

25 janvier 2019

Saviez-vous que 58 pour cent de votre revenu est directement lié à la quantité de gras livré? Et qu’une proportion encore plus importante de vos profits bruts y sont liés?

Le gras présent dans le lait est influencé par cinq principaux facteurs, soit la régie et la génétique choisie, le facteur animal, l’environnement, l’alimentation et la santé intestinale. Or, vous pouvez agir sur certains facteurs en matière de régie et d’alimentation, ce qui aura à court terme un impact sur vos revenus. Voici quelques pistes pour vous aider :

Miser d’abord sur la santé du rumen : la rumination est un mécanisme qui contribue à la production de substances favorisant la production du gras du lait. Il a été démontré que chaque minute supplémentaire pendant laquelle la vache rumine améliore sa performance au test de gras, jusqu’à concurrence de 500 minutes dans une journée. L’espace à la mangeoire et les fibres, notamment, sont des exemples d’éléments susceptibles d’optimiser la rumination. Notez que servir les fourrages avant les concentrés aide à créer un tapis de fibres dans le rumen et favorise donc la production de gras via la production d’acétate.

En RTM, par ailleurs, avoir trop de particules longues augmente le triage et provoque la baisse du taux de gras dans le lait. Une ration trop fine n’est pas souhaitable non plus. Demandez à votre représentant de le tamiser avec un séparateur de particules Penn State : au moins 50 pour cent de l’échantillon devrait se trouver dans le tamis du milieu.

Servir la ration en deux repas plutôt qu’un seul : dans une étude contrôlée, ceci a permis, pour la même quantité totale servie, d’augmenter de deux kilogrammes le lait par vache par jour . À 4 pour cent de gras et avec 70 vaches, ce sont 2 044 kilogrammes de gras gagnés sur un an. En alimentation individuelle, servir plusieurs petits repas de concentrés d’un maximum de 4 kilogrammes permet en plus de contribuer à un pH ruminal sain. Pensez aussi à pousser la ration le plus souvent possible.

Donner autant que possible un accès illimité à la mangeoire, surtout après la traite (au moins 24 pouces d’espace à la mangeoire et de la ration à volonté), aura en plus l’avantage de favoriser le calme et l’harmonie dans le troupeau.

Faire plus de lait! Pour faire plus de kilogrammes de gras, l’équation est simple : faites plus de lait! Au cours des dernières années, nous avons calculé la marge alimentaire de 931 fermes. Or, 78 pour cent de la marge s’explique par la production de gras en kilogramme par vache par jour (voir Figure 1).

Kilogrammes de gras par vache par jour VS marge alimentaire

Fournir de l’eau au quotidien : pour faire du lait, ça prend de l’eau. En stabulation libre, un minimum de quatre pouces linéaires d’abreuvoir est requis. En stabulation entravée, un débit minimal de 20 litres par minute est nécessaire en tout temps.

Surveiller les équipements : un lait qui a gelé ou qui a été trop remué dans le bassin peut être la cause d’une chute du test de gras.

Minimiser le stress de chaleur : les grandes chaleurs que nous avons connues cet été ont été pénibles pour les vaches. Inévitablement, leur consommation a diminué, affectant ainsi immédiatement la production de lait et de composantes. Nous avons observé, dans nos compilations mensuelles des pics de lactation, que les effets négatifs de la chaleur sont observables des mois après le stress thermique (voir Figure 2).

Éviter les déficits énergétiques : pas d’énergie, pas de gras… Il faut se rappeler que 50 pour cent des acides gras du lait sont synthétisés dans la glande mammaire et le reste provient du sang. Il est d’ailleurs reconnu qu’équilibrer les acides aminés (méthionine) peut apporter plus de gras dans le lait.

Des nutriments spécifiques comme l’oxyde de magnésium, le potassium, le soda, les levures, les vitamines, les modifiants du rumen et les gras protégés ou libres sont tous des ingrédients auxquels une attention particulière doit être portée étant donné leur influence sur le test de gras ou encore sur l’énergie. C’est le travail de votre représentant de veiller à ce que votre ration soit fignolée jusque dans les moindres nutriments et acides aminés.

Voir au développement des génisses : il a été démontré que pour chaque kilogramme de gain au sevrage des veaux, la future vache produira 1 500 kilogrammes de lait de plus à la première lactation. Pour un troupeau de 70 vaches, cela peut représenter 1 440 kilogrammes de gras supplémentaires par année. Pour ce faire, on recommande notamment d’alimenter les jeunes veaux trois fois par jour et de procéder à un sevrage graduel.

Favoriser la santé intestinale : depuis plusieurs années, on parle de santé ruminale, mais de nouvelles recherches démontrent maintenant l’importance d’un intestin en santé pour la production de gras. Les microorganismes qui vivent dans les intestins et le rumen notamment sont appelés collectivement le microbiome.

Chez la vache comme chez l’Homme, le microbiome est un contributeur majeur à la santé et à la productivité de l’animal. Cette poppulation de microorganismes œuvre comme une armée de petits soldats dans le système digestif, qu’on pourrait comparer quant à lui à la Grande Muraille de Chine. Les tissus du système digestif servent de barrière de défense avec un réseau complexe de portes (comme la Muraille), qui permettent de faire sortir des déchets, faire entrer des nutriments… ou parfois des pathogènes. Le cas échéant, les mécanismes de défense de l’animal doivent se mobiliser pour faire face à la menace, diminuant d’autant plus les énergies disponibles pour l’animal. C’est le même principe que lorsqu’un troupeau est vacciné : le système immunitaire se met en alerte et il arrive qu’on observe, tout de suite après, une baisse de production laitière. Les nouvelles recherches sur le microbiome intestinal annoncent des percées intéressantes en faveur d’une efficience optimale chez la vache laitière.

Des efforts sur les plans de la régie et de l’alimentation peuvent vous aider à améliorer vos revenus et vous assurer des animaux en santé. Des solutions s’offrent à vous! PD


Andrée Bourgeois, agr.
Directrice des services techniques